Exposition inaugurale de la Fondation Grantham pour l’art et l’environnement

 

L’exposition inaugurale intitulée Apparaître – Disparaître sous le commissariat de l’historienne de l’art Bénédicte Ramade a eu lieu du 22 septembre au 8 décembre 2019. Dix-neuf artistes étaient représentés.

 
 
 
 
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Apparaître – Disparaître

Un texte de Bénédicte Ramade

 

 Apparaître : comme l’architecture de la Fondation Grantham, apparue comme une nécessité, celle de rassembler chercheurs, artistes, dans les bois de Grantham, de se pencher sur ce qui disparaît. Apparaître comme cette Anthropocène, ère de l’humanité qui fait de l’humain un agent tellurique et atmosphérique. En cette époque qui désarçonne bien des acquis et nous intime de réviser notre relation à la nature et au vivant, la Fondation Grantham apparaît comme un refuge où prendre un peu de recul et sonder ces problématiques fondamentales à l’échelle d’un lieu, d’une boucle de rivière, d’un écosystème dans lequel flotte le bâtiment de Pierre Thibault.

Disparaître : la 6e grande extinction désigne la disparition d’une grande partie du vivant et des équilibres naturels, comme disparaissent aussi nos certitudes. Mais ce qui a déjà disparu peut aussi réapparaître. Mémoire, croyance et esprits nourrissent certaines des apparitions que sont les œuvres. Disparaître, comme l’architecture de la Fondation Grantham, qui sait s’effacer pour laisser croitre les arbres, se fondre dans les bois, laisser passer l’air, la lumière, et offrir un cadre pour penser l’apparition de cette fondation dédiée aux questions environnementales et à leur impact sur l’art. 

L’histoire environnementale est aussi une alternance d’apparitions et de disparitions, de cycles auxquels répondent et réagissent artistes et chercheurs, dans un souci de s’ancrer dans le monde. Parce que la Fondation s’est donné le mandat de les accompagner dans leurs projets, l’événement inaugural propose de s’articuler autour moins d’une thématique que d’une dynamique d’apparitions et de disparitions, à la manière dont le bâtiment s’efface et s’impose, respire à l’unisson des lieux tout en affirmant son unicité, tout comme ceux qui sont derrière le projet, qui se plaisent à se faire discrets, tout en jouant un rôle d’accompagnement fondamental pour les acteurs de la scène artistique québécoise. 

Les œuvres pressenties font apparaître des réflexions liées à notre époque de l’anthropocène : la disparition d’espèces animales, l’apparition de nouvelles logiques, des peurs et des pratiques ancestrales, des fictions. Loin de jouer sur un dualisme que pourrait induire l’opposition entre apparition et disparition, Apparaître-Disparaître offre des pistes de réflexion nourries par l’Anthropocène et les débats que génère cette ère géologique très discutée. La dominante photographique et vidéographique pourrait se comprendre comme une nécessité documentaire, mais les œuvres choisies activent pour la plupart des ambiguïtés contrariant les évidences et les attentes. Le paysage, le document, l’archive constituent des terrains de recherches à partir desquels les artistes construisent un récit, parfois peu canonique, articulent le passé et l’avenir en symbiose avec le tempo de l’Anthropocène. Loin de dicter une ligne de réflexion rigide, il s’agit avec cette exposition inaugurale de proposer des pistes, d’éviter certains attendus sur le sujet environnemental, d’interpréter subjectivement les raisons et conséquences de l’Anthropocène, de croiser science et sensibilité. Certains artistes pressentis ont une pratique clairement engagée, d’autres ont des pratiques qui peuvent croiser à certains moments le sujet, le mélange de ces deux composantes est important, car il permet de montrer les combinaisons possibles de résidences entre des artistes ultra spécialisés et d’autres témoignant d’une sensibilité. 

 
Aux murs, de gauche à droite: – Monique Mongeau, Terra, 2019, acrylique et graphite sur panneau de merisier, 76 x 76 cm – Isabelle Hayeur, Cascade Head-Oregon, 2019, impression sur polyester laminé, 152,14 x 148,59 cm – Guillaume Simoneau, Dan Reari…

Vue de l’exposition

Aux murs, de gauche à droite:
– Monique Mongeau, Terra, 2019, acrylique et graphite sur panneau de merisier, 76 x 76 cm
– Isabelle Hayeur, Cascade Head-Oregon, 2019, impression sur polyester laminé, 152,14 x 148,59 cm
– Guillaume Simoneau, Dan Rearick on Location ELA, Canada, 2014, impression chromogénique, 121,92 x 91,44 cm

 
 
 
Au mur du fond: – Nadia Myre, Skin Deep : Portrait as Rain, 2014, toile, fil, 30,5 x 30,5 cm – Yann Pocreau, Ma position dans l’univers de la nuit du 20 juillet alors que je contemple le ciel, 2018, sérigraphies sur papier arches, 4 x 55,9 x 76,2 cm…

Vue de l’exposition

Au mur du fond:
– Nadia Myre, Skin Deep : Portrait as Rain, 2014, toile, fil, 30,5 x 30,5 cm
– Yann Pocreau, Ma position dans l’univers de la nuit du 20 juillet alors que je contemple le ciel, 2018, sérigraphies sur papier arches, 4 x 55,9 x 76,2 cm

Au mur de droite:
– Julie Roch-Cuerrier, National Geographic Atlas of the World, 2013 –, pigments, 21 sachets